NOVO-LA NUIT / LA VIE DES FORMES

Tandis que nous touchons du bout de nos espérances la révolution technologique et que sortent les premiers manifestent sur le Transhumanisme, le monde de la marionnette nous amène à redéfinir nos limites du vivant dans un univers ou la question de l’existence se mêle à celle du corps. Des arts plastiques au scéniques en absorbant l’objectif des photographes ; se redessinent les frontières de nos savoir-faire techniques en parcourant d’une force implacable les émotions du spectateur. Entre la volonté de théoriser, de comprendre un art, et celle de laisser le temps à une pratique fleurissante de dessiner ses propres sentier, NOVO-LA NUIT et LA VIE DES FORMES se présentent comme deux parcours où se rencontrent l’homme et sa création.

Tendant l’art de la manipulation sur des sentiers inattendus, le génie de Paulo Duarte, à l’origine de NOVO-LA NUIT, redéfinit l’activité du marionnettiste vers celle du manipulateur. Transportant sons et lumières dans les quatre recoins de ses terrains de jeu, l’artiste entreprend avec son public un voyage vers un monde en éveil. C’est là toute la subtilité de cet homme qui prend le parti pris d’accompagner l’objet technique en enrichissant, par conséquent, l’utilisation du matériau scénique. En déployant son savoir-faire Paulo Duarte démultiplie les regards du public et alimente notre curiosité en faisant vivre la matière environnante plus que sa marionnette elle-même. Rapidement Paulo Duarte prend la place de cet animateur, de ce réalisateur de l’action, plongeant la première partie de NOVO-LA NUIT dans un univers proche de la fiction cinématographique. Invitant le spectateur à dynamiser sa conscience, NOVO-LA NUIT, convoque les esprits au présent et sollicite chacun d’entre nous à entreprendre un réel exercice de dramaturgie. Effectivement, que vois je ? Ou encore qu’est-ce que l’artiste me donne à voir ? C’est là les interrogations les plus spontanées mais aussi celles qui ne cesseront de nous suivre.

Par la simple application de spot lumineux sur un plateau reprenant les lignes architecturales d’une ville moderne, NOVO-LA NUIT, amène le public à la découverte d’un peuple d’ombres, d’espèces invisibles et dynamisant tout un paysage urbain. Au travers de ces deux marionnettes l’artiste questionne véritablement la « conscience du monde », le « trouble du vivant », au cœur même de son spectacle. En empruntant dans son développement dramaturgique les voies de la réalité et celle de l’imaginaire, Paulo Duarte fait voyager ces personnages et donc son public dans l’entre deux où le présent se divise entre le souci de l’autre et les siens. Est-ce mon corps ou ce qui l’entoure qui est coupable de ce qui m’arrive, ai-je un esprit ou ai-je besoin d’en avoir un pour consoler ma solitude ? C’est avec une aisance certaine que NOVO-LA NUIT offre au spectateur un détour introspectif déplaçant le présent de représentation là où souhaite nous conduire l’auteur.

Mélange des genres en apparence ce n’est bien évidemment là qu’un fantasme du spectateur qui sait être charmé de l’inventivité et des soins apportés aux détails. Faisant preuve d’un véritable potentiel artisanal, l’articulation et l’usage fait de ses deux marionnettes exploitent des mécanismes d’une technique qui ne cessera d’amplifier la stupéfaction du public. A la découverte d’une verbalité marionnettique, l’auteur entremêle le monde des métaphores à celui des découvertes de soi. S’ouvre alors la place à un champ lexical de la mécanique, de l’articulé, qui, par les voies de la poésie qu’entreprend NOVO-LA NUIT nous permet d’entrevoir un grand champ des possibles qu’amène l’arrivé des arts de la marionnette sur nos scènes contemporaines.

Si aux origines l’homme semble évoluer entouré de sa propre espèce, il lui semblerait nécessaire par instant de se tourner vers un corps désarticulé, inconscient, pour enfin trouver les raisons de son existence : LA VIE DES FORMES discute les relations étroites qu’entretiennent Humains et marionnettes au travers d’une recherche tactile entre corps actif et activé.

Au croisement des arts chorégraphiques et marionnettiques, LA VIE DES FORMES exploite un vocabulaire corporel ne cessant de construire et déconstruire des conditions de vie au présent entre manipulateur et manipulé. Cherchant à montrer l’implacable force d’existence que l’on peut attribuer à une marionnette proche d’une taille humaine, le spectacle se construit en grande partie sur une suite d’enjeux posturaux ne cessant de mettre l’homme au défi de sa création mais aussi de ses envies. Qu’est-ce que veut dire être l’autre, créer l’autre, l’amener pour un instant du côté des vivants ? En assumant clairement la condition d’objet qu’est une marionnette, le spectacle se développe au travers d’une dramaturgie physique exploitant conditions, aléas et possibilités physiques d’un corps au travers de sa matière. Laissant place à l’erreur, à l’inattendu, LA VIE DES FORMES amène le spectateur à développer de l’empathie pour ce qui n’est pas charnelle, qui ne respire pas : pour ce qui se nomme marionnette. La question du positionnement, de l’angle d’attaque par lequel s’apprivoise un corps en constante inertie, amène le spectacle à traiter la condition du marionnettiste et de son objet d’art d’une manière presque décousue, primaire, enfantine et libérer de tout besoin d’un propos corporel concrètement déterminé. L’intérêt pour LA VIE DES FORMES est véritablement d’exploiter les sentiers du possible en conciliant ce que nous pourrions presque nommer de performance marionnettique, avec une dramaturgie de fond qui accompagne nos oreilles. Effectivement, alors qu’une narration accompagne la manipulation, nous avons souvent du mal à comprendre l’intérêt d’un texte aux limites de l’anecdotique, peut-être trop personnel et qui nous détache du propos à l’avant-scène. Ce dernier quant à lui allie à merveille un rapport intime entre artiste et objet d’art sans pour autant se fermer au public. C’est peut-être là le point sensible pour LA VIE DES FORMES : la conciliation de deux volontés d’expression.

-AUXSENS-

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